4 juin 1944   5 juin 1944   6 juin 1944

En Italie, la 5ème armée américaine entrent en force à Rome et pourchassent les Allemands en retraite. Le petit réseau routier se congestionne rapidement et entrave la marche de la 5ème armée américaine ainsi que celle de l'arrière-garde allemande.



Rommel passe une journée tranquille en compagnie de sa femme Lucie, il cueille des fleurs sauvages pour en faire un bouquet d'anniversaire. Son chef d'état-major, le général Hans Speidel, prépare la réception au château de La Roche Guyon, il appelle des amis pour les inviter. Le général Dollmann est à Rennes, prêt pour l'exercice sur carte prévu tôt le matin. Le général Feuchtinger est à Paris où il entend passer la nuit avec sa petite amie avant de reprendre la route pour Rennes le jour suivant. D'autres divisions et commandants de régiments se préparent à partir, dans l'après-midi, car ils ont une longue route à faire jusqu'à Rennes.

Le général Marcks téléphone au quartier général du colonel Frederick von der Heydte. Il dit qu'il est trop préoccupé pour abandonner ses troupes cette nuit. Il quittera pour Rennes aux premières lueurs du jour.

Dans la soirée, le quartier général de Rundstedt est informé que la BBC de Londres diffuse un nombre anormalement élevé de messages codés aux résistants français et que les stations radars allemandes, entre Cherbourg et Le Havre, sont en train d'être brouillées.

En Allemagne, à Berchtesgaden, Hitler a une journée routinière. Le quartier général suprême des Allemands n'a pas la moindre idée des événements décisifs de la guerre qui se préparent.

En Angleterre, Eisenhower est debout à 3h30 du matin. Le vent secoue sa caravane et la pluie semble transportée en bandes horizontales. Selon Stagg, la pluie aurait déjà dû diminuer d'intensité. Il s'habille et se dirige en voiture, tristement, vers Southwick House pour la dernière conférence météorologique. Il n'est pas encore trop tard pour annuler l'opération afin de permettre à la flotte de rentrer sans danger au port et reporter l'opération le 19 juin. Si la tempête ne s'estompe pas, c'est ce qui devra être fait.

Dans la salle, le café bouillant permet de secouer un peu l'humeur lugubre et l'instabilité des sentiments. Le temps est misérable, Southick House est secouée par la tempête, le temps est vraiment mauvais. Stagg entre dans la salle et, au grand plaisir d'Eisenhower, il arbore un large sourire. « Et bien, j'ai de bonnes nouvelles. »

Il est confiant que ses prédictions étaient trop optimistes d'environ 5 heures et que l'orage cessera avant l'aube. Mais la mauvaise nouvelle est que le beau temps ne durera que jusqu'à mardi, le temps sera de nouveau mauvais mercredi. Cette situation augmente le danger qu'après la première vague débarquée, les troupes suivantes ne peuvent en faire autant.

Eisenhower demande à ses subordonnés leur opinion, tout en faisant encore une fois les cent pas. Montgomery est toujours partant, ainsi que Smith. Ramsay est inquiet concernant le bon repérage des cibles pour l'artillerie navale, mais il croit que le risque en vaut la chandelle. Tedder est peu enthousiaste. Leigh-Mallory pense toujours que les conditions aériennes sont en deçà du minimum acceptable. La flotte navigue présentement dans la Manche, s'il faut annuler, il faut le faire maintenant. Le commandant suprême est le seul qui peut le faire.

Il reprend les cent pas, il revoit dans sa tête les alternatives, si Stagg se trompe, au mieux la force expéditionnaire alliée débarquera des hommes avec le mal de mer, sans couverture aérienne et avec un feu d'artillerie naval imprécis. Mais un autre report serait dangereux et angoissant. Les hommes ont été informés du détail de l'opération, ils ne pourraient pas être retenus sur leur transport et leur barge de débarquement pendant deux semaines. Le risque que les Allemands percent le secret de l'opération Overlord serait très élevé.

Eisenhower se soucie des hommes, des centaines de milliers sont stationnés autour de Portsmouth et plusieurs d'entre eux sont déjà embarqués depuis un bon bout de temps, surtout ceux qui font partie de l'assaut initial. Ces hommes dans les navires, prêts à partir, ne sont pas mieux que dans des cages, ils sont entassés et mécontents. Eisenhower s'exclame :

« Pour l'amour de Dieu, ces gars signifient beaucoup pour moi, mais ce sont là des décisions qui doivent être prises en temps de guerre. Il faut se dire que nous allons accomplir quelque chose qui servira notre pays et cela ne peut se faire sans payer un certain prix. Nous savons que nous allons perdre certains d'entre eux, et cela est difficile, très difficile. »

Il s'arrête de marcher, fait face à ses subordonnés, et annonce doucement mais distinctement :

« Ok, allons-y. »

Les applaudissements retentissent dans Southwick House et tous les commandants quittent précipitamment leur fauteuil et bondissent à l'extérieur pour aller rejoindre leur poste de commandement. La salle se vide en 30 secondes, Eisenhower est maintenant seul. Son isolement est symbolique, il a donné l'ordre, il n'a plus aucun pouvoir. C'est l'instant le plus terrible pour un commandant senior, il a accompli tout ce qu'il pouvait, il ne peut rien faire de plus.



En après-midi, les troupes aéroportées alliées s'habillent en tenue de combat. Chaque fusilier transporte une M1, des munitions pour 160 coups, deux grenades à fragmentation, une grenade blanche au phosphore, une grenade à fumée orange et une grenade Gammon (2 livres de plastique explosif, suffisant pour endommager un char). La plupart emporte un pistolet, un couteau et une baïonnette; la plus grande peur des parachutistes est d'être abattu dans le ciel, vient ensuite celle d'être attrapé au moment de toucher le sol, avant de pouvoir mettre en opération leur fusil. Un ordre, mal accueilli, oblige chacun à transporter une mine anti-char Mark IV, pesant environ 10 livres. Chaque homme transporte également 3 jours de ration et, bien entendu, deux ou trois cartons de cigarettes. Pour les premiers soins, les kits se composent de bandages, des tablettes de sulfamide, et deux Syrettes de morphine : « une pour la douleur et l'autre pour l'éternité. » On leur remet aussi un jouet d'enfant, un cricket, avec instruction qu'il peut être utilisé à la place de « l'identification contre mot de passe ». Un clic-clic doit être répondu par deux clics-clics.

Les Pathfinder partiront les premiers afin de marquer les zones de parachutage avec un gadget appelé Système de radar à balise Eureka/Rebecca, qui renvoie un signal au C-47 de tête.

À 19h00, le général Eisenhower rend visite à la 101ème division aéroportée. Il marche au travers des hommes, en apparence pour leur remonter le moral. Mais comme plusieurs l'ont remarqué, c'est au contraire son propre moral qu'il est venu remonter. Eisenhower s'adresse au capitaine Johnson : « J'ai fait tout ce que j'ai pu, c'est maintenant entre vos mains. » Il dit à un groupe de soldats de ne pas s'en faire, qu'ils possèdent le meilleur équipement et les meilleurs chefs au monde, avec une grande force qui les suivra. Un sergent lui répond : « Nous ne sommes pas inquiets général, ce sont les boches qui devraient être inquiets maintenant. » S'adressant à un groupe, le générale demande : « Y a-t-il quelqu'un du Kansas ? » Le soldat Sherman Oyler de Topeka lui répond : « Je suis du Kansas monsieur. »

« Quel est votre nom fiston ? »

Oyler est si frappé de se voir adressé directement par le commandant suprême qu'il en est pétrifié et oublie son nom. Après une pause embarrassante, un de ses compatriotes s'écrient : « Dit lui ton nom, Oyler. » Eisenhower lui fait signe avec le pouce en l'air et lui dit : « Va les prendre, Kansas. »

À 20h00, Axis Sally, la « pute de Berlin » entre en onde à la radio. « Bonsoir à la 82ème division aéroportée, demain matin le sang de vos boyaux lubrifieront les roues de nos chars. » Cette intervention inquiète plusieurs hommes, d'autres se font rassurant, elle aurait dit des choses semblables durant les dix derniers jours.

À 21h15, la BBC diffuse le message suivant :

« Blessent mon cœur d'une langueur monotone. »

La 15ème armée allemande intercepte ce message, elle sait qu'il est supposé signifier qu'un débarquement est imminent. La 15ème armée est placée en état d'alerte, mais Rundstedt ne juge pas nécessaire de mettre en état d'alerte la 7ème armée, stationnée beaucoup plus à l'ouest entre Caen et Cherbourg.

Vers 22h00, alors que la lumière du jour s'affaiblie, l'ordre est donné : « Parachute prêt. » Chaque homme entreprend la fastidieuse tâche de boucler son parachute et d'essayer de trouver un espace libre afin d'y accrocher la montagne de matériel qu'il doit transporter au combat. Lorsque le tout est attaché et en place, les hommes marchent vers leurs avions et voient pour la première fois les « peintures de guerre » de leurs C-47, trois bandes blanches faisant le tour du fuselage et des ailes.

Alors que le crépuscule tourne à l'obscurité, les derniers hommes grimpent à bord de leurs avions. Eisenhower est sur la piste criant « Bonne chance! » Il remarque un soldat transportant un équipement bien plus gros que lui, le soldat le salut, Eisenhower lui renvoi son salut, alors le soldat se tourne vers l'est et s'écrie : « Prend garde à toi, Hitler, Nous voilà! »

Les pilotes démarrent les moteurs, une extraordinaire cacophonie enveloppe la piste alors qu'à tour de rôle, chaque C-47, se place en ligne. Au bout de la piste, les pilotes appliquent les freins et mettent les moteurs à plein gaz. Puis, à intervalle de 10 secondes, ils enlèvent les freins et s'avancent sur la piste lourdement, prenant de la vitesse, pour finalement s'envoler.

Lorsque le dernier avion quitte la piste, Eisenhower se tourne vers son chauffeur, Kay Summersby, les yeux mouillés, il lui dit : « Et bien voilà, c'est parti. »

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